woman in gray hoodie and blue denim jeans sitting on brown wooden bench

Mon pétage de durite m’a fait le plus grand bien…

Quand je lis des mots sur la symbolique du corps, sans rendre cela trop définitif, les thématiques que j’explore depuis plusieurs mois, voir des années, avec plus ou moins de conscience, ont toujours trait à « la pression », « la résistance ». Natacha Calamastré dans son livre « Les clés de votre énergie » évoque : le genou : « on en a assez d’écouter les conseils de l’entourage, qu’on me dise ce qui est bien pour moi. Impossibilité de me plier aux arguments des autres car on refuse d’admettre qu’ils ont raison ou qu’on a trop accepté qu’on dicte mon attitude ». Michel Odoul ajoute que le côté gauche à trait au relationnel avec le masculin. Et là, je ne peux m’empêcher de rigoler !

Car bien avant ma chute, j’étais avec des amies à une compétition de planche à voile (à laquelle je venais assister), remplie d’athlètes, de jeunes stars de la planche. Le soir, après les entrainements et les manches de courses, il y a avait les « soirées » arrosées et dansantes. Tout le monde se retrouvaient, surtout les jeunes champions, sponsorisés par de grandes marques, ou plus modestement, représentant de « Neil pryde », « starboard » … ,  » Entendons nous bien, tous n’étaient pas des sportifs reconnus malgré leur niveau impressionnant ! C’était d’ailleurs insolite et intéressant de frôler ce monde à part : des gars hypers balaises dès qu’ils étaient sur l’eau, gonglant sur les vagues ou avec la vitesse comme des matadors des mers, puis, autour d’un verre, quand tu leur demandais l’horrible question qu’on déteste tous mais qu’on pose quand même  » qu’est-ce que tu fais dans la vie? » : ces matadors des mers répondaient : « je travaille chez déchathlon », « je travaille dans tel ou tel magasin de sport », ou  » je fais des études de commerce ». Certains avaient la chance ou l’intelligence d’avoir créé un club de sport et vivait de stages organisés. Bien peu vivaient de leur passion.

Lors des soirées au défi wind, j’avais l’impression de me trouver dans des boums de lycéens! Un vrai décalage ! Il y avait de tout : surtout entre 20 et 30 ans. Sportif en hobby ou athlète olympique. Sauf que les athlètes et champions du monde en tout genre étaient au lit quand je buvais (et pas que moi) à 20h mon premier verre de vin. Ces soirées étaient cool et en même temps…. tu sais ce petit grain qui se glisse l’air de rien… un petit « oui mais… » dans ta soirée….

Ce petit « oui mais » me renvoyait sans cesse au fait que je n’avais plus la trentaine, que je n’étais pas une athlète avec un corps magnifique, ce « oui mais » qui voulait dire que j’étais prise dans cette ambiance fête, de séduction et d’amusement qui sent les hormones et la fausse tranquillité d’esprit où tout le monde est « cool » mais tout le monde s’observe en coin.

Le lendemain, j’allais à l’eau, sans envie, beaucoup trop de vent pour moi, du genre encore plus que ce qui me fait peur d’habitude. Mais je suis avec mes deux amies. Je ne vais quand même pas les laisser là, on est en groupe non ? Et puis si elles y vont sans moi, c’est que je suis une mauviette ! 45 noeuds. Moi cela me tétanise, tout ce que tu poses sur le sable vole comme du papier (sauf que c’est une voile ou une planche), mais tout le monde à l’air à l’aise. Mes copines veulent essayer, me motivent. Je ne le sens pas du tout, mais alors pas du tout et je préfèrerais prendre un bon café chaud et regarder tout le monde, mais je n’assume pas cela. Je suis une windsurfeuse. Ca veut dire une guerrière qui aime le vent (sauf que moi j’aime le vent quand il est à 20 noeuds et quand il fait bon). J’ai la chance de faire de la planche et je suis venue pour cela. Il n’est pas question que je flanche et que je cède à la peur de ce vent (oh punaise ça souffle !), mes copines ont l’air super emballées. Je ne veux pas être la pauvresse qui reste au café. J’y vais et on verra. Et peut importe qu’on se soit un peu fritté avec mes copines pour une bête histoire de chambre mal rangée qui me trottine dans la tête. Cela m’énerve mais je mets cela dans un tiroir. Le vent n’attend pas.

On connait la suite. Chute. Rééducation. Opération. Rééducation. De juin à septembre.

Je suis passée de la frustration, à la colère, à la déconfiture, à la résignation… un vrai panel émotif. Un arc en ciel peu visité. Et j’ai vraiment choisi d’explorer au plus près ce qui remonte, même si pour certains ça parait bête « quand meme un genou, y’a pire ». Oui il y a pire, mais je crois que ces mouvements émotionnels, quand ils nous arrivent sont du même ordre, car ils parlent de l’inattendu, de la perte de repère et du changement: frustration, minimisation, colère, résignation, désespoir,…

Ce qui nous arrive nous touche souvent beaucoup plus profondément et au delà de ce qui nous arrive…. (quand on sent que cela nous touche de manière particulière )

Quand j’explore les sentiments qui émergent quand je pense à mon genou, c’est la colère qui arrive. La grande colère face à ce monde, face aux codes, aux diktats, aux normes.

Puis ce sont les femmes et nos inconscients collectifs, mes grands-mères, arrières grands-mères, et toutes les femmes qui se sont battues pour être, qui ont été empêchées, condamnées ou rejetées parce qu’elles faisaient, qu’elles étaient au delà de ce que qui était permis et attendus d’elles.

Pourquoi cette colère et les femmes ? Je n’en sais fichtre rien. Mais finalement cela dépasse la gente féminine, cela parle de tout notre monde, notre société qui définit ce qu’on peut ou ne peut pas faire et être. Enfin, on t’annonce que tu peux être ce que tu veux, mais tu dois être prêt(e) à en payer le prix : solitude, rejet, jugement.

On dit souvent qu’avant que cela ne se traduise dans le corps physique, l’énergie, l’émotion est déjà présente depuis longtemps. La vie, cette école magnifique et parfois tellement rude, nous apprend toujours à travers l’expérience. Mon genou qui se plie et se tend mal me freine dans mes mouvements, il n’est plus aussi flexible, et je réapprend cette flexibilité. Au lieu de marcher vite, comme avant, mon genou me montre que je dois marcher plus lentement et suivre la cadence de mon pied, au lieu de focaliser sur mon genou, ce qui donnait cette marche clopinante et blessait ma rotule. Et toute la résistance des semaines passées s’estompe, pour qu’enfin j’embrasse cette nouvelle invitation : apprendre à marcher autrement.

C’est comme une métaphore de nos vies : on s’accroche à ce que l’on connait de soi, nos points de référence. Quand ce n’est plus là, c’est la panique, l’insécurité. On part en combat ou en fuite. Je le vois assez clairement quand mon kiné appuie ou plie ma jambe, mon corps part tout seul dans le sens opposé, ou alors j’ai envie de repousser et de hurler sur celui qui est là pour m’aider à retrouver cette flexibilité.

Revenons à mon genou gauche. Je me suis rendue compte qu’il y a presque deux ans, pendant que je courais, pleine d’énergie, un jeune doberman m’a foncé droit dessus, m’a tournée autour puis m’a mordillé la jambe. Il voulait jouer sans doute, mais il grognait quand même, je suis restée tétanisée, réfléchissant en me répétant : « surtout ne pas montrer que tu as peur », même si dans le moment, je n’avais pas réellement peur, je voulais éviter que cela n’empire, et j’étais surtout très surprise car de loin, il me semblait que ce chien accourait me dire bonjour. Il m’a mordu à la cuisse, et derrière le genou gauche, ce qui m’a valu des points de suture. (exactement le même endroit opéré)

En rentrant, clopinant, je pestais de colère. Pas de peur. Cette rage encore, sans pouvoir accueillir une énergie aussi intense et dire à ce chien : « ça non ! » en me montrant clairement plus puissante que lui. Au lieu de cela, je pensais, « si je lui montre qu’il n’a rien a craindre de moi, il va se calmer ». Il ne s’est pas calmé. Je me souviens très bien de ce que j’ai pensé à ce moment là : « offre lui ta cuisse, et surtout protège ton visage », j’avais l’idée que si je montais d’un cran et que je disais « stop », en tapant dessus, en me défendant, le chien allait être encore plus énervé et que cela aurait des conséquences bien pires.

Peut-être que cela aurait été le cas. N’empêche que je vois que cela touche à un conditionnement que j’ai depuis longtemps dans ma vie : surtout pas de conflit ! Je suis sans cesse en train de tenter d’apaiser, d’aplatir, parfois de m’aplatir, parce que je crois que monter en symétrie ne crée rien de plus et qu’au contraire, cela envenime les choses. En tout cas, c’est une croyance. Mais finalement est-ce toujours le cas ?

Je suis née en colère. On m’a raconté que lorsque je suis née, je ne criais pas, j’avais le cordon autour du cou, et le médecin m’a tapé les pieds pour que je crie enfin ( ce qui a valu des cloques à ces petits pieds) Faut-il que la vie me tape pour sortir cette énergie ?

A l’époque du chien, en explorant à moitié, sans réellement regarder ce que la vie m’amenait, cela revenait à la puissance, à montrer ou non cette puissance, à l’exprimer et comment. On me renvoyait, face à toutes les questions que je posais sur moi, ma vie, qu’il y avait cette énergie « tueuse », puissante, que je ne reconnaissais pas. Et à l’époque j’entendais l’information, je percevais qu’il y a avait bien à l’intérieur de moi cette rage et cette envie parfois de tout bruler, sans état d’âme. Mais en même temps je ne savais pas quoi faire ce qui m’était renvoyé, je le recevais mentalement.

Pourtant si je regarde ma vie, cette énergie, cette grande colère, m’a aussi bien servi. Quand je travaillais avec les plus mal lotis, les plus grandes injustices, je me souviens qu’un pépdopsychiatre connu de ma région m’avait envoyé sa famille puis plein de gens en consultation, en leur disant : « elle ne lâche rien ». Sous entendu, et c’était un peu vrai, que « j’aimais » les problématiques bien lourdes, les secrets, les abus, car j’étais portée par cette intensité d’une guerrière voulant comprendre et changer les choses.

Vous imaginez bien qu’à ce rythme là, ca signifiait aussi, faire fit de bien autre chose : le laisser être, la douceur,…

Et pourtant dans ma vie privée j’aspirais tellement à ces énergies là, j’allais même dans l’inverse, choisir des partenaires bien blessés, pas très solaires, et je les portais. Mais si je suis bien honnête avec moi-même, je dois reconnaitre que je ne ne leur laissais aucune place pour recevoir d’eux, ce qu’ils auraient pu éventuellement donner : de la douceur et une épaule où se laisser aller.

« Si tu écoutais un peu tu verrais le cœur », me lance une chanson sur Spotify quand je demande : « ok google mets moi de la musique sur la colère », histoire de voir ce que cela donne. Et le cœur, c’est justement ce que j’explore aussi depuis plusieurs mois. Sortir du mental (ou en tout cas ne plus lui laisser toute la place) pour aller vers le cœur.

Aujourd’hui, pour la première fois de ma vie, je suis descendue dans mon atelier, j’ai installé une toile, ouvert des couleurs acryliques et des pinceaux. Mes mains ont commencées toutes seules à mélanger du noir, du gris et à faire ce mouvement de quadrillage. Une toile noire. « Super pour un début », me dis-je, un peu ironique mais avec ce laisser-être de savoir que je ne vise pas autre chose que cela

. Puis j’ai peint un cœur, l’organe, avec des couleurs rouges, roses, des dégradés, sanguinolant. Cela n’est certes pas très joli, même plutôt effrayant (je ne suis pas peintre après tout), mais par contre cela brassait tellement à l’intérieur! Intéressant me dis-je encore. Créer pour être dans un mouvement nouveau. Sortir ces mouvements intérieurs d’une manière nouvelle. Je crois bien que ces semaines, j’ai osé regardé mes ombres en face.

Il s’appelle « Coeur flottant ».

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